Sous le règne de Bone – R. Banks

Bonjour!

Sous le règne de Bone traîne dans ma PàL depuis une dizaine d’années. Il s’agit d’une lecture obligatoire que je n’avais pas eu le courage de terminer à l’époque.

Sous le règne de Bone par Russell Banks
Titre original : Rule of the bone (1995)
Traduction de Pierre Furlan
Éditions Actes Sud (Babel) (1996)
438 pages, 17$ (9,50 Euros)

 

 

 

4e de couverture:

« Mon existence est devenue intéressante, disons, l’été de mes quatorze ans. J’étais à fond dans la fumette et comme j’avais pas d’argent pour m’acheter de l’herbe je me suis mis à fouiner tout le temps dans la maison pour dénicher des trucs à vendre – mais il n’y avait pas grand-chose. » C’est alors que Bone, avec sa crête, son nez percé et le tatouage fondateur de son identité – des os en croix – prend la route, et que le roman se déploie au fil de ses aventures et de ses rencontres avec tout ce que l’Amérique puis la Jamaïque comptent de marginaux, d’aventuriers et de sages. Un percutant roman de formation, proche du road movie, et devenu le texte emblématique d’une certaine jeunesse américaine de la fin du XXe siècle.

À propos de l’auteur:

L’auteur américain Russell Banks a publié une quinzaine d’ouvrages, tant des poèmes, des nouvelles que des romans. Trois de ceux-ci ont été adaptés au cinéma et Sous le règne de Bone le sera prochainement.

Mon avis:

Chappie nous raconte l’année durant laquelle sa vie a pris un nouveau tournant. Alors qu’il a 14 ans, après quelques vols, il quitte le domicile familial où il vit avec sa mère et son beau-père.  Il se réfugie dans un appartement que son meilleur ami partage avec des bikers. À partir de ce moment, Chappie essaie de trouver sa place dans le monde en devenant un déglinguant, mais tout en refusant la criminalité. Il apprendra sa propre vision du bien et du mal au contact de différents personnages qui croiseront son chemin. Ce voyage l’entraînera de sa ville natale, dans l’état de New York, jusqu’en Jamaïque. Au fil de ce périple, sous le nom de Bone, Chappie se construira sa propre identité.

Bone est un délinquant qui se fout de tout et se fait sa propre idée de ce qui peut être considéré comme bien ou mal, peu importe la légalité ou les conséquences des gestes posés. Bref, c’est le genre d’adolescent qu’on ne veut pas dans son entourage proche. Toutefois, on finit par s’attacher à ce garçon qui se fait son chemin dans la vie qu’il n’a pas toujours eu facile. Comme c’est Chappie/Bone lui-même qui nous raconte ses aventures, quelque temps plus tard, le lecteur a accès aux pensées du jeune homme et peut comprendre la raison de ses actes qui parfois sembleraient difficiles à justifier. Par contre, dans certains passages, on se perd dans les pensées du garçon.

D’ailleurs, chaque élément raconté – ou presque – trouve son importance dans ce récit. À un moment, j’ai trouvé un chapitre inutile et long, mais, les personnages revenant par la suite, il apparaît important finalement de bien comprendre la situation de ceux-ci. Donc, bien que l’histoire se prolonge sur une durée d’un an, Chappie nous raconte que l’essentiel de ses aventures, de façon à ce que nous puissions suivre son cheminement et comprendre ses actes. De cela résulte une histoire de quête identitaire intéressante et agréable à suivre, même si je trouve que parfois Bone prend peu de décisions réfléchies se laissant davantage entraîner par les événements et ses rencontres.

En ce qui concerne la conclusion, j’aurais aimé en savoir davantage. On comprend que le récit est raconté par Chappie bien après les évènements vécus lorsqu’il avait 14-15 ans, mais on ne sait pas ce qu’il est devenu par la suite, ce qui m’aurait intéressée. Il appartient donc au lecteur de déterminer à quoi ressemble le Chappie d’aujourd’hui.

Le principal aspect négatif de ce livre est, quant à moi, son style. En fait, c’est celui-ci, et plus particulièrement la traduction, qui m’a fait décrocher à ma première lecture. Par contre, ces aspects m’ont moins dérangée cette fois. En fait, le texte est traduit en langage populaire français « de France », ce qui m’agace un peu dans un roman américain, élément qui doit évidemment moins déranger les lecteurs franco-européens. La façon d’écrire les dialogues directement dans le bloc texte de la narration, sans distinctions avec celle-ci, m’embêtait parfois aussi, mais on finit par s’habituer à ce détail qui, d’ailleurs, ajoute à l’impression que Chappie lui-même nous parle directement de son vécu d’adolescent. En fait, ces aspects m’ont empêchée de poursuivre ma lecture il y a quelques années, mais, puisque j’abandonne difficilement un livre, il avait tout simplement glissé dans ma PàL et je ne regrette pas d’y avoir laissé et de découvrir cette histoire avec un autre regard.

Extraits:

À part le fait que Russ était de mauvais poil je me sentais super-bien comme si j’étais une personne toute neuve avec un nouveau nom et même un nouveau corps. Ma vieille identité de Chappie n’était pas morte mais c’était devenu un secret. Un tatouage vous fait ce genre de choses : il vous fait penser à votre corps comme à un costume particulier que vous pouvez mettre ou enlever chaque fois que vous en avec envie. Un nom nouveau, s’il est suffisamment cool, a le même effet. Et faire l’expérience des deux en même temps, c’est connaitre le pouvoir. (Pages 128-129)

La première nuit que j’ai passée dans la maison de campagne a été la meilleure que j’avais connue depuis longtemps, même si je savais que nous restions pas longtemps ici et que nous étions en quelque sorte des cambrioleurs. Évidemment, puisque j’étais à présent un être qui fuyait la justice et que j’étais voué à une vie de délinquance, l’idée d’être un petit cambrioleur ne me touchait pas beaucoup. Dès qu’on coupe les ponts avec le passé comme nous l’avions fait, on s,en va pour de bon. Il n’y a plus de près ou de loin, tout se ramène à une chose : on est parti. (Page 142)

C’est drôle de constater que quand on change un peu son look, ne serait-ce que par un tatouage, on se sent aussi différent à l’intérieur. J’apprenais que I-Man avait dit vrai, que quand on s’y efforce assez longtemps et sérieusement, on peut devenir un mendiant tout neuf… (Page 354)

Qu’est-ce que j’en ai à foutre! Ils ne nous ont jamais respectés avant, sauf si on acceptait de vouloir exactement les mêmes choses qu’eux. Ils ne nous ont jamais respectés pour nous-mêmes, simplement parce que nous sommes des êtres humains comme eux, sauf que nous sommes des gosses que les adultes ont toujours baisés du fait que nous n’avions pas assez de fric pour les en empêcher. Eh bien je les emmerde. Je l’emmerde. J’emmerde tout le monde. (Page 153)

Bref, il s’agit d’une importante quête d’identité pour ce jeune homme qui quitte l’enfance et entre dans le monde adulte dans des circonstances pas joyeuses, mais il finit par tracer sa vie.

À bientôt,
Sunflo 🙂

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